Don Juan, 1815 (2015)


L’année 1815 –dont nous fêtons le bicentenaire - marque historiquement la bascule dans un autre temps, le XIXème siècle. Louis-Napoléon a dû abandonner son titre de Roi de Hollande. Et pour la première fois dans leur histoire, les Hollandais renoncent à leur République pour couronner un roi : Guillaume Ier.
Cependant, si avec la chute de Napoléon, la France a perdu sa suprématie politique sur l’Europe, celle-ci continue de régner sur le paysage culturel du continent.
Quels opéras joue-t-on à La Haye en 1815 ? Principalement des opéras-comiques français créés à Paris quelques semaines auparavant et où « le bourgeois aime rire de lui-même ». On donne parfois des opéras étrangers, mais impérativement traduits en langue française.
200 ans plus tard, BarokOpera Amsterdam fait revivre l’un de ces spectacles: Don Juan ou Le Festin de Pierre. Il s’agit d’une adaptation française du Don Giovanni de Mozart et Da Ponte mis au goût du jour en ce début du XIXème siècle par un certain Castil-Blaze. Donnée fin 1815, il est fort probable que Guillaume Ier assista en personne à la représentation !
Mythique Don Juan ! Le personnage fascine. Dangereux séducteur ? Libertin revendiquant son libre arbitre ? Chaque époque se l’approprie et le fait résonner de ses obsessions. En 1787, juste avant la révolution française, c’est le libertin révolutionnaire que Mozart et Da Ponte mettaient en musique et en scène.
Vingt ans après, la musique du Don Giovanni de Mozart est jouée à Paris pour la première fois. Mais le livret est mutilé, adapté à la morale et la censure napoléoniennes: Don Juan n’est qu’un scélérat et son valet Leporello devient un observateur critique et moralisateur. Quelques années plus tard, avec la fin de l’Empire cesse enfin la querelle autour de Mozart, grâce à une nouvelle génération de critiques dont Castil-Blaze qui propose une version beaucoup plus authentique. Il se contente de traduire les airs et de remplacer les récitatifs par des dialogues parlés, à la mode de l’opéra-comique français. Cette adaptation semble avoir remporté à l’époque plus de succès que l’original de Mozart et Da Ponte !