Presse

Daniel Fattore dans La Liberté, Fribourg (4 novembre 2016)

Un monde de douceur pastorale

Le jour se lève, les moutons s’éveillent. La lumière est douce. Et l’opéra en un acte Acis and Galatea de Georg Friedrich Haendel, sur un livret de John Gay, débute. C’est mercredi, à la salle Equilibre de Fribourg, qu’a eu lieu la première de cette product ion signée de l’Opéra Louise. Une première qui a fait presque salle comble, ce qui est de bon augure pour la suite. En effet, ce spectacle va émigrer aux Pays-Bas en 2017. Le metteur en scène Julien Chavaz opte pour une mise en scène épurée, baignée d’éclairages colorés et marquée par des cubes noirs de grandeurs variables. Pensés comme un jeu de Lego, ils permettent de construire une maison, un volcan, un paysage pastoral et mettent en valeur le riche jeu de scène des chanteurs, sans s’imposer. Le choeur, figurant un troupeau de moutons, est revêtu de tricots signés Suzanne Krause, et c’est une belle trouvaille. Elle contribue à une impression de douceur, marquée encore par les voix, fusionnées, nettes dans les vocalises. Douceur également dans le chant du ténor néerlandais Peter Gijsbertsen, qui excelle en incarnant un Acis tendrement amoureux et privilégie le registre mezzo voce. Face à lui, Marie Lys campe une Galatea superbe, toute de grâce juvénile, dont chaque pas et chaque geste semblent une danse. A l’avenant, les airs qu’elle interprète prennent une grande légèreté. Le trouble survient avec l’entrée en scène de Polypheme le cyclope, amoureux éconduit. La basse Christian Immler en fait un personnage écumant, qui roule volontiers des mécaniques. Sa voix massive fait merveille pour installer ce personnage monstrueux. Et l’intervention de Damon, interprétée de manière volontaire par une Salomé Zangerl pleine de caractère, ne va pas l’attendrir. Quant à Jonathan Spicher, il confère ce qu’il faut d’amertume au personnage de Corydon, venu annoncer la fin d’Acis en un air tragique. L’Opéra Louise et ses coproducteurs signent avec Acis and Galatea une version délicate et sobre, où le spectateur se sent bien. Elle est portée par un Orchestre de chambre fribourgeois en formation réduite, aux interventions alertes et finement ciselées sous la direction de Frédérique Chauvet. Et c’est avec chaleur et enthousiasme que le public a accueilli cette première représentation.




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