Presse

Henri Drost dans Theaterkrant (16 janvier 2017)

Woedende cycloop als potsierlijk Jerommeke

 THEATRE ROYAL DE LA HAYE
UN CYCLOPE FURIEUX ET GROTESQUE

Comme il semble furieux le gigantesque cyclope Polyphème quand il surgit empanaché de fumée au sommet de sa montagne de cubes. Il est jaloux des amoureux, Acis et Galatée, mais surtout, malgré toute sa force, il fond et brûle à la vue de la nymphe.
Dans ce qui devrait être son aria de bravoure, il prend des poses grotesques. Et Häendel ne l’aide pas en confiant la ligne mélodique à l’instrument le plus petit qui soit: le piccolo. De surcroît, son ami Damon lui fait prendre toutes sortes de positions hilarantes.
Voici l’une des nombreuses trouvailles de l’interprétation de la directrice artistique Frédérique Chauvet et du metteur en scène Julien Chavaz, qui durant tout l’opéra savent allier abstraction, humour et musicalité. Elodie Kimmel est parfaitement choisie pour incarner la nymphe des eaux, inaccessible et légère. Il en est de même pour Jan-Willem Schaafsma, Acis rêveur, berger un peu dans son monde, tout comme pour le basse-baryton Marc Pantus, Polyphème amoureux.
Un opéra de Häendel, cela ne surprend plus personne depuis une quinzaine d’années, même ses oratorios sont mis en scène. Mais auparavant, Acis & Galatea était en fait le seul opéra de Häendel du répertoire, ce grâce aux orchestrations de Mozart et Mendelssohn. La dernière mise en scène aux Pays-Bas date de 1985, raison supplémentaire pour apprécier le fait que BarokOpera Amsterdam, dans la continuité de ses productions de Purcell, présente maintenant cet opéra.
Voilà un choix des plus logiques car Acis & Galatea fut la première oeuvre dramatique de Händel en anglais, dans laquelle il utilisa le style italien des da-capo et donna un rôle beaucoup plus important au choeur, comme il le fera plus tard dans ses oratorios. Tandis que les autres opéras de Häendel durent des heures en raison d’interminable succession d’arias da-capo, Acis & Galatea est rapide, rythmé et extrêmement varié.Ainsi les quatre-vingt dix minutes que compte l’opéra passent comme l’éclair.

L’histoire, empruntée aux Métamorphoses d’Ovide, est fort simple. L’amour de Polyphème pour Galatée n’étant pas payé de retour, celui-ci écrase l’amant de la nymphe, le berger Acis, avec un rocher. Galatée ne peut lui redonner vie, mais, fille des dieux de la mer Nereus et Doris, elle a le pouvoir de le transformer en rivière. Le choeur des bergers commente cette intrigue minimale.
L’opéra ne s’ouvre pas sur un paysage champêtre mais sur des parois nues et des cubes noirs qui campent aussi bien la demeure des amoureux que la montagne de Polyphème ou encore le rocher qui écrase Acis – dont la mort est une scène fort courte pour les habitués de la scène lyrique. Les bergers habillés en moutons démontrent surtout, sans accessoires, la naïveté de la narration pastorale, au cours de laquelle les lumières sobres mais efficaces créent un jeu d’ombres particulièrement réussi.
BarokOpera Amsterdam réalise une adaptation des versions de Händel de 1718 et 1738, avec un ensemble de douze musiciens seulement, jouant sur instruments d’époque, complété par la flûte de Frédérique Chauvet. Le choeur à 5 voix est composé de solistes, et grâce à cela, fait grande impression. Cela s’entend surtout au début du deuxième acte où la plainte ‘Wretched lovers!’ est couverte graduellement par l’arrivée de Polyphème: ‘Behold the monster Polypheme!’ Falco van Loon et Salomé Zangerl sont très convainquants dans les seconds rôles de Coridon et Damon.
BarokOpera Amsterdam prouve encore une fois avec Acis & Galatea son expertise pour créer de belles productions avec des moyens limités, et mérite aux Pays-Bas un public nombreux.




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